Interview with Santiago Mostyn


C’est sur les quatre chemins que Santiago Mostyn a grandi aux côtés de sa mère : San Francisco où il est né en 1981, mais aussi au Zimbabwe, à Bali ou encore à Trinidad… C’est d’ailleurs dans la chaleur des Caraïbes qu’il obtient, adolescent, son premier appareil photo. Il commence alors à capturer sur pellicule les costumes de carnaval dessinés par sa mère, styliste.
C’est finalement à l’Université qu’il se remet à la photographie. Ce médium devient alors un moyen pour donner plus de sens à un environnement dans lequel il se sentait complètement instable.
Aujourd’hui, lors de ses nombreux voyages en terres étrangères, son appareil photo lui permet de donner un sens à ce qu’il ne comprend pas et surtout, d’en garder une trace pour mieux partager son récit avec nous.
Peux-tu nous présenter le projet dont est issue la série de photos présentée dans cet article, extraite de ton livre Excerpt: All Most Heaven ?
J’ai fait les photos d’Excerpt: All most Heaven pendant un voyage sur le Mississipi, sur un radeau collectif, dans le cadre d’un projet appelé Miss Rockaway. Nous étions une trentaine d’artistes, musiciens et vagabonds réunis pour construire et diriger ces radeaux de très grandes tailles (le plus long faisant 40 m). Nous accostions dans de petites villes pour donner des performances théâtrales et aller à la rencontre des résidents locaux.
Ces photos n’ont donc jamais été réalisées pour documenter ce projet, mais faisaient partie intégrante de l‘expérience : notre présence jour et nuit sur le fleuve, notre interaction avec des communautés menant des vies très différentes des nôtres, ou encore l’exploration des marais, des forêts et parfois même de villes fantômes en plein cœur du pays.

Lors d’une conversation, tu nous disais que cette série n’avait pour toi, aucun lien direct avec le phénomène HOBO (vagabonds, travailleurs itinérants) que tu qualifies plus de phénomène de mode. Qu’est-ce qui la différencie d’après toi ? Quelle est donc ta perception du mouvement HOBO, tendance propre à la culture américaine ?
Il y a effectivement chez les jeunes Américains, une tendance à revenir à un mode de vie qui rappelle celui des premiers HOBO, phénomène répandu au début du 19e siècle. Aujourd’hui, la culture populaire pense, à tort, que les personnes qui choisissent ce mode de vie le font par nostalgie d’une époque révolue. En réalité, pour eux, rejeter la culture de consommation omniprésente dans ce pays est le choix social le plus fort et le plus visionnaire.
Dans notre société, tout est fait pour vous soumettre à la consommation, des aliments bourrés d’hormones aux prêts étudiants en passant par la banalité de la télévision. Réussir à tenir tête et choisir de vivre différemment s’apparente plus à une réaction en opposition à l’industrialisation de la société qu’à la nostalgie de cette culture passée.


Durant ce projet, tu t’es majoritairement déplacé en train de marchandise, peux-tu nous en dire plus sur ce mode de transport qui semble être beaucoup utilisé par certains jeunes aux USA ?
On se déplace en train pour le plaisir et la beauté du voyage. Bien qu’étant la façon la plus inefficace de se rendre quelque part, il y a quelque chose de satisfaisant à renoncer à savoir quand et comment on arrive, c’est en contradiction totale avec la façon dont nos esprits sont programmés. Je dois admettre qu’il y a malgré tout un fond de nostalgie lorsque l’on se déplace en train de fret mais, en ce qui me concerne, cette nostalgie est plus liée à la terre. En Amérique, les voies ferrées existaient avant les routes, et les trains de marchandise traversent toujours des endroits qui semblent encore intacts et sans fin.
Pour conclure, peux-tu nous parler de tes projets à venir ?
Dans quelques semaines, je déménage en Afrique du Sud et prévois de me rendre régulièrement au Zimbabwe où j’ai vécu entre 2 et 8 ans. J’y ai des souvenirs visuels, mais pas de références culturelles, c’est pourquoi je suis emballé à l’idée d’être un parfait étranger dans un lieu qui me semble familier. J’espère y faire des photos qui seront à la fois intimes et objectives.
VOYAGE RESONANCE
Santiago Mostyn
Interview par JSBJ
Les images sont issues du livre
‘‘Excerpt : All Most Heaven’’
Interview réalisée pour le magazine Clark à l’occasion du numéro 46 (Spécial 10 ans! )

